Emotion et raison: des soeurs ennemies en entreprise ?

Emotion positive

Les émotions en entreprise sont-elles un problème ou un facteur de bonheur au travail ? Un frein ou une aide à la décision ? A la créativité ? Réexaminons quelques idées reçues et stéréotypes à la loupe du cerveau.

Vouloir que nous "laissions nos émotions à la porte de l'entreprise", souhait fréquemment entendu, est un formatage déjà lié, en soi, à une émotion : la peur de ne pouvoir maîtriser les effets de ses propres affects et ceux des autres. Hérité de la culture française cartésienne, l'émotion serait contre-productive, impropre à la décision rationnelle et par conséquent dangereuse. L’espace professionnel, devrait être, selon certains, une zone aseptisée, neutre, presque uniquement technique. Même ceux qui en parlent ne peuvent réellement y croire. Et le déni des émotions, loin de les empêcher de s'exprimer est au contraire fréquemment cause de dysfonctionnements préjudiciables aux personnes, à une équipe ou à l’entreprise dans son ensemble, alors qu'elles peuvent être de puissants leviers de collaboration, de motivation et de bien-être.
 


En effet les émotions ont une place vitale dans nos vies d'humains. Leur valeur adaptative a assuré la perpétuation de l'espèce humaine et est toujours liée à notre survie physique et psychologique. Leur apport est essentiel à la vie des individus, à la vie sociale, collaborative, à la motivation. Et même, dans une large mesure, à la prise de décision (cf. les travaux d'Antonio Damasio - neurologue et chercheur - Université de l'Iowa).


Même dans les cas de déni, l’émotion est très présente dans l'entreprise, il n’est que de voir le nombre de conflits interpersonnels, luttes de pouvoirs, et autres incompréhensions. MAIS AUSSI, du côté lumineux de la force, les équipes fortement soudées, les complicités créatives et stimulantes, l’enthousiasme autour de projets innovants, l’excitation d’une équipe devant la sortie d’un nouveau produit ou service… Loin d’être les ennemies de la raison, les émotions en sont tout au contraire les alliées lorsque l'on parvient à les canaliser vers le bien-être. Et elles sont à la racine de la motivation dont elles partage l'étymologie.

 
Examinons, aux filtres des neurosciences et des apports de la psychologie positive, quelques unes des influences des émotions.
 
Émotions : à la racine de la motivation

L’émotion est donc une composante puissante du genre humain et plus largement des mammifères. Rappelons simplement son origine Motivationétymologique : motus – motum - movere, le mouvement, la mise en mouvement. Cette racine a donné naissance aux termes : moteur, motivation. Ainsi, l’émotion est proprement "ce qui nous met en mouvement", ce qui nous mobilise dans l’action et nous anime. C’est le moteur humain de l’action. Elle est le fondement de la motivation. Une colère va parfois nous pousser à agir. Mais le désir, le plaisir, la passion, que l’on trouve à œuvrer, à faire, à finaliser, puis à valoriser et célébrer le résultat sont des leviers puissants de nos actions. Nos actions influencent nos émotions et réciproquement. Plus nous avons de plaisir à exercer une activité, plus nous allons nous investir. Mais plus nous allons nous investir et plus nous allons diversifier notre palette d'émotions et ressentir du plaisir. Trouver du plaisir, se passionner pour son métier, grâce au sens qu'on lui attribue, à l'utilité qu'il nous permet d'avoir est une source réelle de bonheur au travail. Se passionner au travail n'est pas donné à tout le monde direz-vous ? Peut-être pas d'emblée. Néanmoins l'émotion positive se travaille, s'entraîne, se cultive. Bien avant les neurosciences, Voltaire l'avait compris et l'exprimait dans une célèbre phrase : "J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé".

 
Émotions : elles influencent la prise de décision…
…Qu’elles orientent et accélèrent parfois. Les psychologues R. Kahneman et A. Tversky (tous deux prix Nobel d’économie) ont démontré combien elles influencent les prises de risque en bourse ! Mal identifiées ou niées, elles peuvent ainsi conduire à des comportements inappropriés. Mais reconnues, exprimées et optimisées, leur fonction adaptative s'exprime aussi dans la prise de décision. Citions l’exemple de la décision commerciale : la sensibilité sociale permet, grâce aux neurones miroirs, de décrypter l’émotion d’autrui, puis d’évaluer les situations (cognition) et de décider ensuite. Les émotions aident la décision en particulier dans certaines situations complexes où nous manquons d’informations et ne pouvons nous contenter de la seule logique. Soulignons que les personnes dont les fonctions émotionnelles sont lésées par accident ou pathologie ont alors de grandes difficultés à prendre une décision. Les émotions influencent en effet fortement et efficacement les fonctions cognitives telles que la mémoire, la perception et la concentration.
 
 

Émotions : leur rôle clé dans la créativité et l'apprentissage


Les neuroscientifiques démontrent que les émotions intenses favorisent l’inspiration et la créativité. Positives, elles augmentent le nombreCréativité et la diversité des idées produites. Négatives, elles augmentent la qualité des idées émises. L’état neutre est beaucoup moins favorable à la création. Ainsi la capacité à identifier et exprimer ses émotions, à les décoder chez les autres (intelligence émotionnelle) a un impact fort sur la capacité créative, et sur l’imaginaire productif. On pense en effet aujourd’hui que la création est un moyen de rétablir un équilibre homéostatique émotionnel et biochimique. Le pouvoir créatif de l’émotion semble notamment passer par la mémoire, en réactivant des souvenirs associés à une émotion donnée. Car l'émotion est aussi à la base de nos apprentissages. Nous évaluons une expérience émotionnellement et nous ramenons ensuite la mémoire émotionnelle d'un vécu... en déformant souvent le factuel.
 

Émotions : au coeur de la cohésion, de la solidarité, de la vie sociale

Une catastrophe naturelle ? Un accident à grande échelle ? Un attentat ? Et hop ! Un grand élan de rassemblement, de commémoration, de recueillement et de solidarité. Et de manière positive, ça marche aussi tout aussi bien ! Un fabuleux séminaire, un projet sur lequel l'équipe a investi beaucoup d'énergie, un moment de célébration intense, etc. Notre survie a été assurée, dans l'histoire de l'Homme, par sa capacité à se fédérer, à nouer des liens et des solidarités. Et l'émotion est l'outil de lien social de notre biologie, servi par l'empathie. On ne construit pas de lien collaboratif, d'amitié, de cohésion avec de la technique. Mais bel et bien avec du partage d'émotion. Voir "Le lien humain et social :  un besoin et une capacité neuronale ancestrale".

Voir aussi Maieutis

Émotions : elles structurent le leadership


Emotion et leadershipAu vu des points précédents, on peut raisonnablement se dire que la première personne ayant à développer son intelligence émotionnelle est le manager. Il est essentiel de savoir repérer les sources motivationnelles des collaborateurs, les signes de baisse de mobilisation, les frustrations et conflits potentiels, les besoins d’encouragements et d’accompagnement, la valence des éléments de reconnaissance et de valorisation… Autant de repérages et d’évaluations qui permettent de conduire un management humaniste éclairé et productif. Il faut à ce coordinateur qu'est le manager une capacité à exprimer son émotion sincère, à la faire partager, à la relier aux valeurs, au sens, pour communiquer son enthousiasme, inspirer les autres, être un moteur « contagieux ».

Une étude menée sur plusieurs années et des milliers d’employés à travers le monde par les psychologues J. Kouzes et B. Posner de l’Université  de Santa Barbara (Californie) a montré que les deux premiers critères mis en avant par les collaborateurs dans leur envie de suivre un leader sont : son honnêteté en premier lieu, puis sa capacité à communiquer son enthousiasme et son orientation vers l’avenir.


Des critères qui s'appliquent également à l'envie de suivre un éclaireur en politique. Avant de se lancer dans une recherche de mandat d'élu, ne serait-il pas utile d'avoir quelques connaissances sur le fonctionnement de notre cerveau d'humain pour se recentrer sur ce qui assure équilibre et bien-être d'un citoyen ?

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